Wilbur Tennant, un éleveur de la petite ville de Parkersburg en Virginie Occidentale qui a perdu presque tout son troupeau, soupçonne l’entreprise DuPont, installé à proximité d’empoisonner l’eau. Une voisine lui conseille de contacter son petit fils, Rob Bilott, avocat dans une firme de Cincinnati dans l’Ohio. Pourtant plutôt habitué à défendre les entreprises de l’industrie chimique, Rob, révolté par ce qu’il constate à Parkesburg, décide d’attaquer DuPont en justice. On est en 1998. Commence alors un long combat, qui se transformera pour Rob en combat d’une vie.

Le réalisateur Todd Haynes nous avait jusqu’ici plutôt habitués à de beaux et délicats mélodrames (le sensuel Carol en 2017, mais aussi le superbe Loin du Paradis en 2002). Déjà, à travers ces films, Haynes montrait sa fibre progressiste, pointant du doigts les carcans d’une société d’apparence, dénonçant les intolérances du siècle dernier. Cette fois, Haynes revient au présent (ou presque) et se fait plus ouvertement militant, racontant l’histoire vraie d’un scandale sanitaire qui dure depuis vingt ans. Précis, minutieux, le film suit le parcours pas à pas de cet avocat qui, tel David face à Goliath, tenta tout pour faire tomber un géant de l’industrie. Didactique, oui, mais jamais ennuyeux. Bien au contraire, digne des meilleurs thrillers, le film nous sert son lot de twists et d’angoisses. On vous défie de ne pas retenir votre souffle lorsque, après une entrevue tendue avec le dirigeant de DuPont, Bilott retourne chercher sa voiture dans un parking désert. Mais au fur et à mesure que le film avance, et que les années s’écoulent, c’est surtout un sentiment de colère qui grandit chez le spectateur, comme chez Bilott, face à un DuPont qui semble intouchable. Une colère face à l’impunité d’une entreprise qui savait et qui n’a rien dit, une entreprise trop puissante pour être arrêtée.

C’est Mark Ruffalo, lui-même militant écologiste de longue date et à l’origine de ce film, qui prête ses traits à l’avocat Rob Bilott. Métamorphosé, semblant porter le poids du monde sur ses épaules fatiguées, il est très loin de l’univers de Marvel (il est l’interprête de Hulk dans les films Avengers). Mais s’il n’a rien d’un super-héros, Bilott de manque pas de cran et fait preuve d’une tenacité louable. Face à la crasse immoralité dont fait preuve le géant industriel, le combat exemplaire de ce héros ordinaire, simple avocat du Midwest, redonne finalement un peu d’espoir en l’humanité.
Pour entourer Mark Ruffalo, on retrouve notamment Anne Hathaway (The Dark Knight Rises, Ocean’s Eight), Tim Robbins (Here and Now, Les Evadés), Bill Pullman (The Sinner, Independance Day), Victor Garber (The Flash, Argo) et le formidable Bill Camp (Joker, 12 Years of Slave) dans le rôle de l’éleveur Wilbur Tennant.
Alors que l’on en apprend chaque jour davantage sur les méfaits de certains produits de synthèse tels que ceux fabriqués par DuPont, Dark Waters sort à point nommé pour nous rappeler d’être des consommateurs vigilants, mais n’oublie pas non plus d’être simplement un excellent film. Et vous, qu’allez-vous faire de vos poêles au téflon ?
Sorti le 26 février 2020, Dark Waters est actuellement en salles. Découvrez la bande-annonce:
